—Pardonnez-moi, docteur; je ne serai point seule, ma sœur m’accompagnera.

—Madame la comtesse de Luxeuil?

—J’ai su qu’elle allait visiter Naples; je lui ai écrit pour qu’elle me permît de la suivre avec Honorine, et elle a consenti. Tout cela a été décidé depuis votre dernière visite, et je vous en aurais instruit par une lettre si je ne vous avais attendu chaque jour; j’ignorais qu’une affaire vous eût appelé à Orléans.

M. Vorel ne put retenir un geste de dépit.

—J’admire votre miséricorde vraiment chrétienne, ma sœur, dit-il avec un accent d’amertume ironique; jeune fille, vous avez dû défendre votre fortune contre madame de Luxeuil; mariée, elle a essayé de calomnier votre intimité avec le duc de Saint-Alofe; veuve, elle a voulu jeter des doutes odieux sur la naissance de votre fille, et vous avez déjà tout pardonné!

—Ah! pourquoi toucher à ces souvenirs, interrompit la malade, dont les yeux se remplirent de larmes; je voudrais les oublier! A quoi bon me rappeler que ma sœur ne m’aime pas, que personne ne m’a jamais aimée! il est de certains êtres, hélas! comme des arbres que vous voyez là: nés dans une mauvaise terre et exposés aux vents du nord, ils ne servent à rien et ne plaisent à personne!... Mais je ne veux point m’arrêter sur ces pensées, je ne veux songer qu’à ma fille; il faut qu’elle recouvre la santé, qu’elle essaie d’un autre air, d’une autre vie!

—Et en partant avec madame de Luxeuil, fit observer le docteur, vous n’avez point réfléchi que vous vous mettiez à sa merci? Vous ne craignez point son égoïsme, sa tyrannie, ses duretés?

—Je ne crains que le mal d’Honorine, reprit vivement la baronne; ne me parlez point d’autre chose. Que pouvais-je faire d’ailleurs? Ne venez-vous point de me dire vous-même que c’eût été folie de partir seule? à qui donc m’adresser? Des étrangers voudraient-ils accepter pour compagnes de voyage une enfant malade et une femme mourante? Ma sœur, du moins, aura pitié de nous.

M. Vorel secoua la tête.

—J’en suis sûre, continua vivement la baronne; quand elle a connu l’état alarmant d’Honorine, elle s’est montrée inquiète, elle m’a écrit sur-le-champ qu’elle voulait la voir.