—Je ne plaisante pas, moi, s’écria-t-il aigrement, chacun tient à ce qui lui appartient, un fusil est un capital et sa jouissance peut être considérée comme l’intérêt; mais quand on perd à la fois les intérêts et le capital...
—Au diable! interrompit Arthur, ne va-t-il pas nous parler finance maintenant! prenez mon fusil, mon cher, et qu’il n’en soit plus question.
La figure de Marquier s’épanouit subitement.
—Quoi! en vérité, s’écria-t-il, vous consentez à un échange?...
—Je consens à tout ce qu’il vous plaira, pourvu que j’aie votre gourde pour ce pauvre diable dont on a voulu faire un auto-da-fé.
—Voilà, mon cher, voilà! dit Marquier en ramenant le petit flacon enveloppé de cuir tressé qu’il portait en bandoulière, je vais lui donner moi-même...
Il s’avança vers Marc, dont la défaillance continuait, et se pencha pour approcher la gourde de ses lèvres; mais tout à coup, il changea de couleur et resta immobile, la main étendue.
—Eh bien! qu’avez-vous donc? demanda Arthur étonné.
—Rien, balbutia Marquier, dont les gros yeux grands ouverts continuaient à contempler Marc avec effarement, c’est que j’ai cru... c’est qu’il me semble...
—Quoi donc? Vous connaissez cet homme?