La paysanne écarta de la main Honorine, qui s’était approchée pour renouveler ses prières, et reprit, en grommelant, le panier que la Sureau venait de rapporter. Vorel parut affligé de sa brusquerie.
—Que madame de Luxeuil pardonne, dit-il, en souriant avec intention; on est un peu vif dans le Bessin, mais on n’est pas si diable qu’on le paraît. Nous mettrons toute la réserve désirable dans une pareille affaire, et j’ose espérer qu’elle se terminera heureusement. Ce soir même je vais écrire à Paris.
—A propos d’écriture, et mes mémoires? interrompit la fermière; voilà huit jours que vous devez les régler.
—Je n’ai pu trouver encore un instant, objecta Vorel; mais au premier jour...
—C’est ça! reprit madame Louis avec humeur; y n’a pas le temps d’écrire à Paris. C’est comme l’an dernier, qu’y m’a fait manquer la vente de mon grain par le retard d’une lettre; mais aussi ça lui a fait mieux vendre le sien.
—Allons, ma mère, encore cette histoire! dit le médecin qui ne put se défendre d’un geste d’impatience.
—Tiens! il y a peut-être pas de raison pour que j’m’en souvienne, reprit la vieille femme; j’ai perdu de l’affaire plus de soixante écus. Faut-il être malheureuse d’avoir pas été éduquée et de ne pouvoir chiffrer toute seule!
—Prenez un commis, dit Vorel ironiquement.
—Eh bien! pourquoi donc que j’en prendrai pas? s’écria la mère Louis, chez qui couvait depuis longtemps une colère que la plaisanterie du docteur fit éclater. Oui, j’en gagerai un. Ah! vous croyez me défier; vous vous dites:—La bonne femme peut pas s’passer de moi, et alors vous prenez votre air de petit bon Dieu sur une pelle; mais j’veux faire mes comptes chez moi; j’aurai quéqu’un.
Et se tournant tout à coup vers Honorine: