Romain ferma les poings et ses yeux s’injectèrent de sang: au milieu de sa rage, il éprouvait une sorte de joie féroce à trouver l’intérêt de sa vengeance si bien d’accord avec l’inspiration de sa haine.
—Où peut-on la trouver maintenant? demanda-t-il.
—Sur ta terre, répondit Jacques; elle vient tous les soirs pour y jeter ses maléfices.
—Tous les soirs! et je ne l’ai jamais aperçue!
—Parce qu’elle se rend invisible; mais veux-tu que le grand Varou te la montre?
—Oui.
Le Parisien fit quelques signes magiques, puis, sur un léger glapissement qui se fit entendre derrière la hutte, il ouvrit brusquement la porte et les trois hommes qui avaient avancé la tête avec une avidité palpitante, demeurèrent immobiles de surprise.
Plongés dans l’ombre, ils apercevaient devant eux la campagne doucement éclairée par la lune, comme un tableau lumineux qu’encadrait la porte de la cabane. Au premier plan apparaissaient les arbres du verger projetant leurs ombres gigantesques; un peu plus loin, le pommier séculaire, et, tout au fond, le sentier qui côtoyait le fourré.
Or, dans ce sentier, au penchant du coteau, glissait une forme blanche qui s’avançait vers la pommeraie. Elle dépassa les derniers buissons du fourré, atteignit la ligne de lumière et les trois paysans la reconnurent.
—C’est elle, dit Romain.