—Je m’en moque pas mal.
—Eh bien, nous allons voir, reprit vivement madame Beauclerc, si tu n’as pas menti: tu vas écrire tout de suite au monsieur pour lui dire de chercher fortune ailleurs; aussi bien tu es dans ton droit, voilà deux mois qu’y ne t’a pas payé la pension.
—Et vous ne devez plus espérer qu’il la paie, fit observer Marquier, ses affaires sont dans un état désespéré; moi-même je me trouve compromis pour une somme énorme.
—Entends-tu ça? dit madame Beauclerc, en posant sur le guéridon tout ce qui était nécessaire pour écrire; voudrais-tu garder un homme ruiné..... pour qu’y te mange tout... et que tu deviennes la dernière des dernières?... faudrait avoir bien peu de cœur.
Clotilde prit la plume sans répondre. En voyant tarir le flot d’or dans lequel Arthur l’avait jusqu’alors laissée puiser, elle s’était dit à elle-même toutes ces choses, et l’ouverture faite par Marquier la trouvait beaucoup mieux disposée qu’elle ne voulait le paraître et que sa mère ne semblait le supposer. Sous son apparence légère, Clotilde cachait, comme toutes ses pareilles, une avidité native qui réglait tous ses goûts. Ce n’était pas de l’avarice, car l’avarice suppose l’esprit de conservation, mais cet instinct des courtisanes qui les tourne vers la richesse comme le fer se tourne vers l’aimant.
Elle trempa la plume dans l’écritoire et écrivit avec quelque lenteur les lignes suivantes:
«Mon pauvre Tutur,
»Y me dize tous, depuis si l’ontan, qu’y faut nous séparé, que sa m’en donn la migrainn; n’y a pas moien autrman d’avoir du repau; aussi je me résign; fée com’ moi, et cherche ailleur une bonne fille qui remplace ta fidèle amie,
»Clotilde.»
La mère Beauclerc, qui avait mis ses lunettes pour lire par-dessus l’épaule de sa fille, battit des mains.