A sa vue la femme de chambre fit deux pas en arrière.

—Monsieur est là! s’écria-t-elle.

—Sans que vous le sachiez, répliqua l’actrice, ce qui prouve qu’on entre ici comme sur le Pont-Neuf. Voyons, préparez-moi tout ce qu’il faut pour me lever.

Elle s’était mise sur son séant et avait ôté sa coiffure de nuit pour relever ses cheveux. Arthur reparut bientôt des lettres à la main et s’approcha de la fenêtre pour les lire, tandis que l’actrice se faisait chausser et passait une robe de chambre de cachemire blanc. Il parcourut d’abord l’adresse de plusieurs billets, à travers le papier desquels on apercevait des colonnes de chiffres annonçant clairement des mémoires de créanciers, puis une lettre plus volumineuse avec le timbre de Bayeux, et enfin une douzaine de circulaires portant l’inévitable estampille des frères Bidault. Il rejeta le tout sur la table, sans rien ouvrir, s’arrêta à une petite missive, dont l’enveloppe glacée exhalait une forte odeur d’ambre, et en examina la suscription.

—Dieu me pardonne! on croirait que c’est votre écriture, ma chère, dit-il en se tournant vers Clotilde, voyez donc?

L’actrice jeta un regard sur la lettre et ne put retenir une exclamation.

—Est-ce que vous m’auriez vraiment écrit? demanda de Luxeuil.

—Pourquoi pas? répliqua-t-elle en prenant son air résolu.

—Diable! c’est une faveur rare, reprit Arthur d’un ton légèrement ironique, et cela ne vous arrive d’habitude que dans les occasions solennelles; il y a donc quelque chose de nouveau?

—Ça se peut.