Celui auquel s’adressait cette prière se leva avec un peu de répugnance et se présenta à la portière pour descendre; mais, au moment où il avançait la tête afin de chercher du regard le marchepied, la lueur des lanternes éclaira ses traits, et Marc, qui se trouvait appuyé à l’une des glaces de la diligence, reconnut M. de Chanteaux! Il ouvrit vivement la portière et le rejoignit à l’hôtellerie. Le marquis se faisait confirmer par le maître de poste lui-même les renseignements que lui avait donnés Picard.

—Et faudra-t-il attendre longtemps? demandait-il.

—Il est impossible de rien promettre à Monsieur, répliquait l’hôtelier; nos premiers chevaux seront pour la diligence.

—C’est-à-dire que je puis être retenu toute la nuit? Mais c’est une chose horrible! Comment se fait-il que vous manquiez de chevaux?

—Par la raison que j’en ai perdu huit depuis un mois, répliqua le maître de poste.

—Il fallait les remplacer! s’écria M. de Chanteaux.

—Pour les perdre comme les autres, reprit l’aubergiste: ce serait travailler moi-même à ma ruine.

—Et qu’importe aux voyageurs votre ruine, mon cher, fit observer le marquis avec cette dureté familière qui est le privilége des gens bien nés; vous n’êtes point maître de poste pour devenir millionnaire, mais pour nous fournir des chevaux; et pour en fournir il faut en avoir.

—Mais pour en avoir il faut qu’ils vivent, ajouta le maître de poste, et la maladie est dans le pays.

Le marquis haussa les épaules.