—Et s’il en appelle à l’autorité pour me faire saisir?
—Alors vous déclarez hardiment que M. le marquis et madame la comtesse arrivent de Goritz avec tous les éléments d’un complot en faveur de la branche aînée.
—Sûr. La peur d’une enquête les forcera à vous laisser aller. Votre liberté est dans vos mains, monsieur le due, il suffit d’un peu de résolution...
—J’en aurai, répliqua vivement le vieillard; mais vous-même, comment échapper...
—Ne vous inquiétez point de moi, interrompit Marc; moi, je n’ai rien à craindre. Quoi que l’on puisse faire, je serai bientôt hors d’ici. Ne songez qu’à profiter de l’avertissement que je vous donne; on vient; adieu, bonne chance et bon courage.
Quelqu’un montait en effet l’escalier; Marc se retira promptement et reconnut la voix d’un gardien, qui après avoir reproché au duc sa lenteur, l’obligea à descendre avec lui.
Bientôt le bruit de leurs pas s’éteignit et tout rentra dans le silence. Marc courut à la fenêtre, atteignit le grillage et y demeura l’oreille collée jusqu’à ce qu’un roulement confus lui eût appris le départ de la chaise de poste. Descendant alors avec précaution, il recommença à tâtons l’inventaire de sa prison, rencontra un lit et s’y jeta tout habillé, pour attendre le lendemain.
XXI
La déclaration.
Il y a dans l’aspect de la campagne, vers la fin de l’automne, alors que les moissons ont disparu, que l’herbe devient moins fleurie, que les arbres commencent à jaunir, je ne sais quoi de décourageant et de plaintif qui semble se communiquer à nous malgré nous-mêmes. La saison des espérances est passée, les jours d’activité finis, tout décline et pâlit sans que l’on puisse encore entrevoir de loin l’époque à laquelle tout doit renaître. Mélancolique passage où l’homme s’arrête un instant inoccupé devant la création languissante! Pénible attente des heures sans verdure, sans parfums et sans soleil. L’on se trouvait précisément arrivé à cette triste saison. Le domaine des Motteux n’offrait plus aux regards que des sillons hérissés de chaume et des vergers dépouillés de leurs fruits. Les prairies elles-mêmes étaient garnies d’une herbe plus rare qu’émaillaient seules, de loin en loin, quelques frêles marguerites ou quelques fleurs de trèfle pâle. Aux gazouillements des grives, des pinsons et des bouvreuils, avaient succédé les gloussements des perdrix ou les cris des vanneaux s’abattant dans les genêts. L’horizon, enveloppé de brumes, ne montrait plus que des lignes confuses et la brise faisait tourbillonner les feuilles mortes à la lisière des fourrés.