—Dame! c’est sûr que vous devez avoir de l’esquience (expérience), reprit l’enfant; y a pas un berger dans tout le pays à qui on ait tant de fiat (foi) qu’en vous, vieux Anselme, et si vous vouliez...
—Tais-toi, interrompit le berger sans lever les yeux, voici qué’qu’un qui nous arrive.
—Comment que vous savez ça? dit l’enfant étonné.
—Regarde Farraut.
Le chien qui paraissait endormi, venait en effet de dresser légèrement les oreilles, bientôt ses yeux s’entr’ouvrirent, son museau s’allongea et il fit entendre un léger grondement.
—Ah! il a senti qu’on venait dans les étos (chaumes), dit le jeune garçon.
—Oui, mais n’y a pas de danger, ajouta Micou sans faire un mouvement, ce sont des amis.
L’enfant se redressa et porta la main à son bonnet en prononçant le nom de M. de Gausson. Celui-ci suivait, en effet, un des sillons et n’était plus qu’à quelques pas. Il portait un costume de chasse et tenait son fusil sous le bras.
—Vous avez donc changé de pâturage, papa Micou? dit-il en saluant de la tête le vieux berger.
—Où il n’y a plus d’herbe, les moutons ne font plus de laine, répondit Anselme du ton sentencieux qui lui était ordinaire. Monsieur va sans doute à la ferme?