—Est-ce que vous croyez qu’il pourra vivre comme ça? demanda la mère Louis avec cette naïveté brutale des paysans.

—Je l’espère, je n’ai aucune raison d’en douter, répliqua le médecin, dont l’œil interrogeait les traits de l’idiot avec une attention qui ressemblait à de la sollicitude; seulement je crois que vous avez raison, et qu’il faut lui rendre un peu d’air et de mouvement.

—Laissez-le venir avec nous, Monsieur, dit Honorine, à qui la langueur de l’idiot inspirait une sérieuse pitié.

—Au fait, ça ne peut que lui être bon, reprit la fermière; pas vrai, grand Jodane que tu veux venir avec nous?

Pour toute réponse, le grand Jodane se pressa contre la jeune femme en poussant son cri habituel qui ressemblait à un gémissement.

—Nous allons le faire monter en char-à-bancs, reprit la fermière qui s’était levée, et ce soir on vous le ramènera.

Vorel parut balancer un instant, puis finit par consentir, et les deux femmes partirent avec leur nouveau compagnon. Il y eut d’abord un assez long silence, mais lorsque l’on eut perdu de vue le manoir, la mère Louis se tourna vers Honorine qui tenait les rênes.

—Est-ce que tu n’as pas envie de faire une plus longue promenade, mezette? demanda-t-elle d’un air malicieux.

—Moi, volontiers, ma mère, répliqua la jeune femme; mais où faut-il aller?

—Consulte-toi un petit, voyons; n’y a donc pas un côté vers où ton cœur se tourne, hein? Allons, ne fais pas la jesuette.