A ces mots, il se retourna vers le greffier qui s’était assis près d’une table sur laquelle il se préparait à écrire; il lui fit, à demi-voix, quelques recommandations, et s’adressant de nouveau à Honorine, il lui demanda ses noms, prénoms, et la date de son arrivée aux Motteux. Elle fit à toutes ses demandes des réponses que le greffier inscrivit. Enfin le juge de paix, qui laissait un intervalle après chaque question afin de donner le temps d’écrire, arriva à l’interroger sur ses rapports avec la mère Louis. Honorine ne répondit que par des expressions de reconnaissance. Elle rappela avec attendrissement les marques d’affection qu’elle avait reçues de sa grand’mère à différentes reprises. Le juge fit un signe affirmatif.

—Nous savons, en effet, dit-il, que madame Louis a longtemps montré une préférence qui rendait votre volonté toute puissante aux Motteux; mais cette amitié n’avait-elle point faibli depuis quelque temps?

—Il se peut que la maladie y eût apporté quelque altération, répliqua Honorine qui ne faisait cet aveu qu’avec effort.

—Ainsi, vous convenez que votre grand’mère se montrait mécontente, irritée?

—Par suite de ses souffrances, Monsieur.

—N’avait-elle point même fini par ne vous garder près d’elle qu’à regret, et ne venait-elle pas de déclarer l’intention de vous frustrer de son héritage?

—Je l’ignore.

—Vous en êtes sûre?

—Monsieur, une pareille supposition...

—Doit d’autant moins vous surprendre, Madame, que vous avez hier renvoyé le notaire qui se présentait pour recevoir les dernières volontés de la mourante.