«Soyez donc désormais sans crainte; moi absent, les menaces de M. de Luxeuil deviennent vaines; il n’a plus d’armes contre vous. Toutes les recherches pour me trouver seraient inutiles; j’aurai fui trop loin et pour toujours!

»En écrivant ces mots, je sens mon cœur qui se brise... mais il le faut. Ainsi, du moins, vous redeviendrez libre; vous serez maîtresse de votre présent, de votre avenir. Vous resterez honorée autant que pure!... Mon but sera atteint. Dieu décidera du reste.

»Adieu, vous dont j’emporte le souvenir comme un talisman; vous à qui je dois tant d’innocentes joies et de consolations sans remords; adieu, mon amie, ma sœur! Quelque épreuve ou quelque bonheur que vous garde l’avenir, pensez à moi sans tristesse, mais ne m’oubliez pas.

»Marcel.»

Les larmes avaient gagné Honorine; elle put à peine lire les dernières lignes tracées par de Gausson, et quand elle les eut achevées, elle les pressa sur ses lèvres en sanglotant. Marc respecta cette douleur qu’il semblait partager, et laissa passer quelques instants avant de reprendre la parole. Enfin, il s’approcha de la jeune femme et lui dit d’un accent ému:

—M. de Gausson a pris le seul parti qui fût sage, Madame; mettez autant de courage à accepter son sacrifice qu’il en a mis à le faire. Sa seule récompense maintenant est de penser qu’il a assuré votre repos. Songez à ce qu’il souffrirait s’il voyait votre affliction.

—Parti! répéta Honorine, qui ne pouvait détacher son âme de cette pensée.

—Il vous a expliqué pourquoi il le faisait.

—Oui... oui; mon Dieu! Oh! j’ai compris... mais... parti!...

—Pourquoi vous acharner à cette pensée?... Songez plutôt à ce qu’il faut faire pour que ce départ ne soit point inutile. Vous le devez à vous-même... vous le devez à M. Marcel.