Marc secoua la tête.

—Oui, dit-il; quand cet homme m’a raconté ce qui s’était passé, j’ai compris tout de suite que vous vouliez rendre la liberté à... ELLE..., et que, pour cela, vous aviez fait le sacrifice de votre vie. Mais, avez-vous bien vu le résultat? Si votre adversaire vous tue, ELLE reste à sa discrétion, avec la douleur de vous avoir perdu; si vous le tuez, cette mort même qui la délivre la sépare de vous à jamais.

—Je le sais, je le sais! s’écria Marcel; mais que pouvais-je faire? Fallait-il donc la laisser au pouvoir de cet homme, demeurer moi-même sous sa menace, et recevoir de lui le droit de vivre comme une aumône! Ah! je ne me suis point senti la force d’accepter, pour tous deux, cette honteuse servitude: mieux vaut un malheur connu, et dont on voit la limite; mieux vaut mille fois la mort!

—Aussi ne suis-je pas venu pour vous proposer de rester sous le joug de M. de Luxeuil, dit Marc; non, qu’il vous tue plutôt, et que madame Honorine meure!... Mais il y a peut-être un autre moyen.

—Lequel?

Le chouan ne répondit pas sur-le-champ; il était tombé dans une sorte de rêverie; enfin il reprit tout à coup en regardant de Gausson:

—Si elle était votre femme... êtes-vous sûr de la rendre heureuse? demanda-t-il.

—Pourquoi cette question? dit Marcel.

—Répondez-moi, reprit-il avec instance; mais en regardant bien dans votre cœur. Je ne vous demande pas si vous l’aimez comme on peut aimer beaucoup de femmes... mais assez pour n’avoir pas d’autre désir sur la terre que de la voir contente de vivre, assez pour vous consoler de tout quand elle sourit... même du mépris...; assez pour vous sacrifier à un autre qu’elle aimerait, et pour dire: C’est bien! Si ce n’est pas ainsi que vous l’aimez, c’est trop peu, et vous pouvez vivre sans elle.

—Vous-même avez pu vous assurer du contraire, fit observer de Gausson, étonné de l’exaltation du chouan.