Son mariage avait précipité cette chute. Aussi son indifférence pour Honorine se transformait-elle, peu à peu, en une sorte de haine. Honorine était tout à la fois un obstacle, un reproche et un contraste. Il trouvait d’ailleurs en elle, depuis quelque temps, une fermeté glacée qui aiguisait son irritation. Toutes ses sollicitations, tous ses ordres pour l’engager à recevoir de nouveau Marquier avaient été inutiles; il parut enfin y renoncer.

Cette trêve permit à Honorine de respirer. Le laborieux courage employé à se défendre l’avait tenue dans un état d’excitation qui l’avait épuisée. Incapable de rancune, elle déposa son hostilité dès qu’elle n’en eut plus besoin pour sa défense, et reprit, vis-à-vis d’Arthur, sa douceur inoffensive.

Soit que celui-ci fût réellement touché d’un oubli si prompt, soit qu’il éprouvât lui-même un besoin de repos, il se montra tout à coup plus bienveillant. Bientôt même, cette bienveillance commença à se traduire par des prévenances qui indiquaient une sorte de repentir; il évitait tout ce qui eût pu déplaire à Honorine, et montrait parfois, devant elle, des sentiments sympathiques dont l’expression semblait lui échapper. On eût dit qu’une révolution intérieure s’opérait en lui, à son insu et sous une influence invisible.

Honorine d’abord défiante, finit par croire à la possibilité d’un changement. Les nouvelles manières d’Arthur n’avaient effet aucun de ces caractères d’exagération qui peuvent faire douter de la sincérité; elles étaient modifiées plutôt que changées; on eût dit une crise dont le résultat restait encore incertain et qui pouvait également avorter ou réussir.

VI
Les deux loges.

De Luxeuil entra un matin chez Honorine, un gros bouquet de violettes à la main.

—Je viens vous annoncer le printemps, dit-il en le lui présentant; l’offre n’est peut-être pas du meilleur goût, mais tout à l’heure, je traversais à pied les ponts, j’ai aperçu ces fleurs, et je me suis rappelé votre préférence.

Honorine prit le bouquet en remerciant, et s’étonna qu’Arthur fût sorti de si bonne heure.

—C’est vrai, je me dérange, dit-il; voilà plus d’une semaine que je me couche le soir et que je me lève le matin.

—Vous persistez donc dans votre réforme? demanda Honorine en souriant.