—En voilà au moins un qui est venu pour voir, fit observer M. Darcy, en désignant à Hortense un homme enveloppé dans un manteau, qui tenait les yeux fixés sur leur loge avec une persistance singulière.
Madame des Brotteaux tourna sa lorgnette du côté indiqué.
—Que regarde-t-il donc si fixement? demanda-t-elle.
Honorine qui, tout occupée des sentiments réveillés chez elle par la représentation, n’avait pris jusqu’alors aucune part à la conversation, fut pourtant frappée de ces derniers mots; elle tourna machinalement les yeux vers le point que lorgnait madame des Brotteaux, et reconnut Marc.
Celui-ci remarqua sans doute qu’il avait été aperçu, car il quitta presque aussitôt la galerie. Mais son apparition ramena Honorine à des souvenirs et à des doutes déjà connus du lecteur. C’était la première fois qu’elle le revoyait depuis le jour où Arthur lui avait appris ce qu’il était, et cette rencontre lui causa un battement de cœur involontaire. Cet homme, quel qu’il fût, était lié à sa destinée par quelque nœud mystérieux qui l’effrayait et la rassurait tour à tour.
Elle se pencha en avant, après son départ, pour savoir s’il ne reparaîtrait point dans une autre partie de la salle. Mais toutes ses recherches furent inutiles.
Elle allait se retourner vers le théâtre, lorsque ses yeux rencontrèrent une main appuyée sur le bord de la loge voisine. Au petit doigt brillait l’anneau incomplet, à chaton d’émeraude, qui lui avait été déjà présenté une fois.
Elle avança la tête et reconnut Marc, de l’autre côté de la cloison de velours qui séparait les deux loges. Il semblait lire à voix basse un journal qu’il tenait à la main; mais Honorine reconnut son nom confusément prononcé; elle tourna l’oreille de son côté, affectant de regarder à la galerie opposée, et entendit distinctement ces mots:
—Il faut que je vous parle!... Si vous m’entendez sans que vos voisins s’en aperçoivent, levez la main...
Honorine hésita une seconde, puis leva la main.