—Voici le talisman qui vous en donne l’assurance, et au moyen duquel vous deviendrez reine.
—Cet acte ne peut rien sans la volonté de la princesse Goriska, fit observer Honorine, et, avant tout, il faudrait au moins s’en assurer. Je viens de lui écrire à ce sujet.
De Luxeuil tressaillit.
—Vous avez fait partir la lettre? s’écria-t-il.
—Elle partira dans un instant, reprit la jeune femme; mais avant toute proposition, il reste à s’assurer de l’exactitude de nos calculs, et à savoir si nous pourrons faire face aux obligations que nous voulons contracter. Je veux consulter pour cela M. des Brotteaux.
De Luxeuil, sur les traits duquel s’étaient succédé les expressions de l’étonnement, de l’impatience, du dépit, s’avança tout à coup, et, regardant Honorine en face, il lui dit brusquement:
—Vous avez vu quelqu’un qui vous a prévenue contre le projet que vous aviez accepté hier? reprit-il plus vivement.
—Vous vous trompez, Monsieur, interrompit Honorine, qui saisit le moyen offert de déplacer la question: je ne désire pas moins qu’hier la réussite de ce projet. Je veux savoir seulement si son exécution est possible...
—Dites qu’on a éveillé vos soupçons, reprit impétueusement de Luxeuil; ne cherchez pas à le nier.
—Je ne nie rien, Monsieur... mais quoi que l’on ait pu m’apprendre, je vous le répète, mes désirs ne sont point changés. Je ne demande qu’un délai, indispensable pour m’éclairer.