L’ACCUSÉ (d’une voix enrouée). Rue de la Huchette.

LE PRÉSIDENT (insistant). Je vous demande vos noms et vos prénoms?

L’ACCUSÉ. Numéro 23.

LE PRÉSIDENT (avec indulgence). Vous semblez ne pas bien saisir ma question; je désirerais savoir comment vous vous appelez.

L’ACCUSÉ. Ah! bon, Ernest, le bel Ernest, dit Couteaudier.

LE PRÉSIDENT. Accusé, soyez attentif à ce que vous allez répondre.

Ici un petit homme en perruque se lève et marmotte pendant trois quarts d’heure. En justice, ça s’appelle un greffier lisant l’acte d’accusation.

Quand il a fini, on interroge les témoins. Puis le président recommence.

LE PRÉSIDENT. Accusé, qu’avez-vous à répondre à ces dépositions?

L’ACCUSÉ (avec énergie). C’est pas vrai! C’est des gens qui veulent me faire arriver de la peine. Je suis une victime politique. Dans les journées 17 et 19 Transnonain, 12 et 13 mai, j’ai bousculé des réverbères, tutoyé des municipaux et marché sur les corps des sergents de ville. Voilà pourquoi on m’ostine. Le préfet de police prend prétexte d’un vieux, que j’aurais soi-disant maltraité, pour me faire avoir des mots avec le procureur du roi (se tournant vers les témoins), vous êtes tous des galopins.