LE PRÉSIDENT (d’un air satisfait). Ah! je comprends.
L’ACCUSÉ. Pour lors donc, j’enquille le pont de la chambre des députés, autrement dit des grands hommes.
LE PRÉSIDENT (avec sévérité). Accusé, je vous défends de plaisanter les représentants de la nation..... Je ferai observer de plus que vous ne parlez pas très-distinctement, et je vous engage, au nom de la société, à ôter le tabac que vous avez dans la bouche.
L’ACCUSÉ. Ma chique! pourquoi donc que j’ôterais ma chique? Est-ce que les Français ne sont plus égales devant la loi. Depuis une heure, vous avez prisé au moins une demi-once de régie; ça vous fait parler du nez et cependant je ne vous ai rien dit.
LE PRÉSIDENT (se tournant vers les juges). C’est juste, pardon, accusé, continuez.
L’ACCUSÉ. J’arrivais donc sur le quai des Invalides, quand j’aperçois un vieux en redingote verte, pantalon blanc, gilet blanc, cravate blanche, cheveux blancs! Je me dis, c’est un ennemi du gouvernement, un carliste! Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place, monsieur le président?
LE PRÉSIDENT. Je l’aurais salué.
L’ACCUSÉ. Moi je l’y ai demandé l’heure! Pour lors il s’est mis à courir; mais je le rattrape, je le couche et je le fouille, et je ne trouve sur lui que trente sous... Trente sous! et encore y se met à crier parce que je les prends! Tapage nocturne, septième chambre; je lui ai donné un coup de vivacité pour le faire taire... et voilà!
LE PRÉSIDENT. C’est là tout ce que vous avez à dire pour excuser votre crime?
L’ACCUSÉ. Encore un mot, mon président: quand j’ai voulu passer la pièce de trente sous, elle était rognée... c’est une circonstance atténuante.