En le reconnaissant, je n'ai pu me défendra d'un battement de cœur. De quel œil les patrons avaient-ils vu mon absence, et que venait-il m'annoncer?

J'attendais qu'il parlât avec une inexprimable angoisse; mais il s'est assis près de moi, m'a pris la main, et s'est mis à se réjouir de ma guérison, sans rien dire de nos maîtres. Je n'ai pu supporter plus longtemps cette incertitude.

—Et MM. Durmer? ai-je demandé en hésitant, comment ont-ils accepté... l'interruption de mon travail?

—Mais il n'y a pas eu d'interruption, a répondu le vieux commis tranquillement.

—Que voulez-vous dire?

—Chacun s'est partagé la besogne, tout est au courant, et les MM. Durmer ne se sont aperçus de rien.

Cette fois, l'émotion a été trop forte. Après tant de témoignages d'affection, celui-ci comblait la mesure; je n'ai pu retenir mes larmes.

Ainsi les quelques services que j'avais pu rendre ont été reconnus au centuple! j'avais semé un peu de bien, et chaque grain tombé dans une bonne terre a rapporté tout un épi! Ah! ceci complète l'enseignement du docteur! S'il est vrai que les infirmités du dedans et du dehors sont le fruit de nos sottises ou de nos vices, les sympathies et les dévouements sont aussi des récompenses du devoir accompli. Chacun de nous, avec l'aide de Dieu, et dans les limites bornées de la puissance humaine, se fait à lui-même son tempérament, son caractère et son avenir.


Tout le monde est reparti; mes fleurs et mes oiseaux, rapportés par le vétéran, me font seuls compagnie. Le soleil couchant empourpre de ses derniers rayons mes rideaux à demi refermés. Ma tête est libre, mon cœur plus léger; un nuage humide flotte sur mes paupières. Je me sens dans cette vague béatitude qui précède un doux sommeil.