Pour nous aimer des yeux,
Lavons nos deux regards, de ceux
Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie
Mauvaise et asservie.
L'aube est en fleur et en rosée
Et en lumière tamisée
Très douce :
On croirait voir de molles plumes
D'argent et de soleil, à travers brumes,
Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.
Nos bleus et merveilleux étangs
Tremblent et s'animent d'or miroitant,
Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;
Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,
Balaie
La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.
Au clos de notre amour, l'été se continue :
Un paon d'or, là-bas traverse une avenue ;
Des pétales pavoisent,
— Perles, émeraudes, turquoises —
L'uniforme sommeil des gazons verts ;
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges ;
Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur ;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.
L'air est si beau qu'il paraît chatoyant ;
Sous les midis profonds et radiants,
On dirait qu'il remue en roses de lumière ;
Tandis qu'au loin, les routes coutumières,
Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,
A l'horizon nacré, montent vers le soleil.
Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté ;
Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes
Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes.
Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,
Me soient, sur terre,
Les images de la bonté.
Laissons nos âmes embrasées
Exalter d'or chaque flamme de nos pensées.
Que mes deux mains contre ton cœur
Te soient, sur terre,
Les emblèmes de la douceur.