Cependant, des zouaves, des goumiers aux bottes rouges, des spahis naïvement fiers de leurs manteaux qu’ils portent comme des linceuls, se dirigent vers le petit marché aux moutons.
— Je sais où ils vont, explique Maurice Thuaire.
Je m’en doute également… A l’angle d’une de ces rhorfas de glaise sèche, une foule s’attarde, comme à l’entrée d’un marché.
Une femme aux joues d’idole peinte, habillée de couleurs disparates, fume sur le seuil de sa chambre. Une grosse mauresque, les cheveux en natte, le pantalon bouffant, soulève une toile, prend un spahi par la main et l’attire près d’elle. Le rideau tombe…
Thuaire et Allix se sont arrêtés devant une jeune négresse aux grands yeux, aux cheveux de laine noire. Elle habite une grotte à rideaux rouges, qu’éclaire une petite lampe posée sur une table, un peu moins basse que le lit : deux nattes qui cachent la terre battue.
— Vous voyez, elles attendent.
La petite bédouine a de jolis gestes précieux de fillette. Elle sourit du coin de l’œil et ne répond point aux grossièretés qu’elle ne veut point entendre. Elle me rappelle, je ne sais pourquoi, cette dame arabe que j’ai trouvée si sage dans le train de Tunis à Gabès.
La bédouine a installé devant sa porte un fourneau primitif. Dans une casserole de terre cuite, elle remue des poivrons, des tomates, quelques pommes de terre et un poulet coupé en menus morceaux. Un éventail à la main, la bédouine surveille sa cuisine, protège son visage et souffle sur le feu. Parfois, elle se penche et nous adresse, en dessous, un long sourire.
Mais une femme, dans le cadre éclairé de sa demeure, nous demande des cigarettes. La paume de ses mains et ses ongles sont d’un rouge carmin. Elle est tatouée au front et sur le menton, ses sourcils sont passés au noir et le fard épais de ses joues est comme une confiture dont on ne mangerait pas. Elle sent violemment le musc et le henné.
Cette femme nous regarde. Me reconnaît-elle ? J’en doute…