Nous revenons. Nous marchons dans les rues désertes d’un village mort. C’est vraiment un voyage que nous n’imaginions pas et que nous ne pouvons comparer à rien d’antérieur, que notre retour à travers ces ruines silencieuses que nous savons cependant, par endroits, habitées.
Une odeur de vase remuée nous arrive, par bouffées soudaines, et, dans le silence du désert, l’aboiement d’un chien, les trois notes d’une flûte arabe qui nasille au « quartier réservé », ou près d’une case fermée, le bruit d’une machine à coudre…
VIII
RHOUMA, HOMME LIBRE
Zarzis. Quelques maisons cimentées. Derrière, une oasis plus riche de cases que de palmiers. Devant, une plage déserte et la mer. Quels villages déjà vus dans le Sud peut-on comparer à ce hameau ?…
Toutefois, ces coupoles, ces terrasses, ces cours inclinées pour recueillir l’eau des pluies, ces canalisations sur pilotis, de jardin en jardin, ces vergers à l’intérieur des murs font de Zarzis une cité originale, qui requiert dans notre mémoire une place particulière.
Et puis, c’est à Zarzis que je fais connaissance avec Rhouma, un grand arabe brun et maigre, aux yeux chassieux, vêtu, l’hiver comme l’été, d’un long burnous rapiécé.
Un jeune brigadier de spahis qui collectionne les cravaches, a l’habitude, vers les six heures, de se promener du côté du puits artésien, curiosité construite dans un endroit presque boisé où l’on rencontre de belles filles indigènes un peu sauvages. Je sors assez souvent avec ce nouveau compagnon. Le troisième soir de mon séjour ici, un personnage nous salue.
— Comment ti vas ? Ti vas toujours ?
Il tend une main large et sale dans laquelle le brigadier fait semblant de déposer le bout de sa badine.
— Alors, ti m’emmènes prendre un kaoua ?…