Mais c'était justement ces allures de dame qui intimidaient la jeune fille. Presque toutes les vendeuses, dans leur frottement quotidien avec la clientèle riche, prenaient des grâces, finissaient par être d'une classe vague, flottant entre l'ouvrière et la bourgeoise; et, sous leur art de s'habiller, sous les manières et les phrases apprises, il n'y avait souvent qu'une instruction fausse, la lecture des petits journaux, des tirades de drame, toutes les sottises courantes du pavé de Paris.
— Vous savez que la mal peignée a un enfant, dit un matin Clara, en arrivant au rayon.
Et, comme on s'étonnait:
— Puisque je l'ai vue hier soir qui promenait le mioche!… Elle doit le remiser quelque part.
À deux jours de là, Marguerite, en remontant de dîner, donna une autre nouvelle.
— C'est du propre, je viens de voir l'amant de la mal peignée… Un ouvrier, imaginez-vous! oui, un sale petit ouvrier, avec des cheveux jaunes, qui la guettait à travers les vitres.
Dès lors, ce fut une vérité acquise: Denise avait un manoeuvre pour amant, et cachait un enfant dans le quartier. On la cribla d'allusions méchantes. La première fois qu'elle comprit, elle devint toute pâle, devant la monstruosité de pareilles suppositions. C'était abominable, elle voulut s'excuser, elle balbutia:
— Mais ce sont mes frères!
— Oh! ses frères! dit Clara de sa voix de blague.
Il fallut que Mme Aurélie intervînt.