— Mais oui. Je buvais tranquillement mon bock… Ça valait bien la peine de démentir, la petite vient de recevoir une lettre du patron, qui l'invite à dîner… Toute la boîte en cause.
— Comment! ce n'était pas fait!
Favier lui tendait une nouvelle pièce.
— N'est-ce pas? on en aurait mis la main au feu. Ça semblait déjà un vieux collage.
— Idem, vingt-cinq mètres! lança Hutin.
On entendit le coup sourd de la pièce, tandis qu'il ajoutait plus bas:
— Vous savez qu'elle a fait la vie chez ce vieux toqué de
Bourras.
Maintenant, tout le rayon s'égayait, sans que la besogne en fût interrompue pourtant. On se murmurait le nom de la jeune fille, les dos s'enflaient, les nez tournaient à la friandise. Bouthemont lui-même, que les histoires gaillardes épanouissaient, ne put se tenir de lâcher une plaisanterie, dont le mauvais goût le fit éclater d'aise. Albert, réveillé, jura avoir vu la seconde des confections entre deux militaires, au Gros-Caillou. Justement, Mignot descendait, avec les vingt francs qu'il venait d'emprunter; et il s'était arrêté, il coulait dix francs dans la main d'Albert, en lui donnant rendez-vous pour le soir, une noce projetée, entravée par le manque d'argent, possible enfin, malgré la médiocrité de la somme. Mais le beau Mignot, lorsqu'il apprit l'envoi de la lettre, eut une réflexion si grossière, que Bouthemont se vit forcé d'intervenir.
— En voilà assez, messieurs. Ça ne nous regarde pas… Allez, allez donc, monsieur Hutin.
— Soie de fantaisie, petits carreaux, trente-deux mètres, à six francs cinquante! cria ce dernier.