— Tiens! dit Mme Guibal, en s'arrêtant encore devant la première caisse, au milieu des poussées, c'est une idée gentille, ces violettes!

Elle parlait de la nouvelle prime du Bonheur, une idée de Mouret dont il menait tapage dans les journaux, de petits bouquets de violettes blanches, achetés par milliers à Nice et distribués à toute cliente qui faisait le moindre achat. Près de chaque caisse, des garçons en livrée délivraient la prime, sous la surveillance d'un inspecteur. Et, peu à peu, la clientèle se trouvait fleurie, les magasins s'emplissaient de ces noces blanches, toutes les femmes promenaient un parfum pénétrant de fleur.

— Oui, murmura Mme Desforges d'une voix jalouse, l'idée est bonne.

Mais, au moment où ces dames allaient s'éloigner, elles entendirent deux vendeurs qui plaisantaient sur les violettes. Un grand maigre s'étonnait: ça se faisait donc, ce mariage du patron avec la première des costumes? tandis qu'un petit gras répondait qu'on n'avait jamais su, mais que les fleurs tout de même étaient achetées.

— Comment! dit Mme de Boves, M. Mouret se marie?

— C'est la première nouvelle, répondit Henriette qui jouait l'indifférence. Du reste, il faut bien finir par là.

La comtesse avait lancé un vif regard à sa nouvelle amie. Maintenant, toutes deux comprenaient pourquoi Mme Desforges était venue au Bonheur des Dames, malgré les batailles de la rupture. Sans doute, elle cédait au besoin invincible de voir et de souffrir.

— Je reste avec vous, lui dit Mme Guibal, dont la curiosité s'éveillait. Nous retrouverons Mme de Boves au salon de lecture.

— Eh bien! c'est cela, déclara celle-ci. Moi, j'ai affaire au premier… Viens-tu, Blanche?

Et elle monta, suivie de sa fille, pendant que l'inspecteur Jouve, toujours à sa suite, allait prendre un escalier voisin, pour ne pas attirer son attention. Les deux autres se perdirent dans la foule compacte du rez-de-chaussée.