— Je le connais, bonne maison, laissa échapper Mouret.

Jamais d'habitude, il n'intervenait dans cet embauchage des employés, les chefs de rayon ayant la responsabilité de leur personnel. Mais, avec son sens délicat de la femme, il sentait chez cette jeune fille un charme caché, une force de grâce et de tendresse, ignorée d'elle-même. La bonne renommée de la maison de début était d'un grand poids; souvent, elle décidait de l'acceptation. Mme Aurélie continua d'une voix plus douce:

— Et pourquoi êtes-vous sortie de chez Cornaille?

— Des raisons de famille, répondit Denise en rougissant. Nous avons perdu nos parents, j'ai dû suivre mes frères… D'ailleurs, voici un certificat.

Il était excellent. Elle recommençait à espérer, quand une dernière question la gêna.

— Avez-vous d'autres références à Paris?… Où demeurez-vous?

— Chez mon oncle, murmura-t-elle, hésitant à le nommer, craignant qu'on ne voulût jamais de la nièce d'un concurrent. Chez mon oncle Baudu, là, en face.

Du coup, Mouret intervint une seconde fois.

— Comment, vous êtes la nièce de Baudu!… Est-ce que c'est
Baudu qui vous envoie?

— Oh! non, monsieur!