—Hé! monsieur, lui cria Médéric, pourriez-vous nous indiquer le
Royaume des Heureux?

—Le Royaume des Heureux? répondit le fou en levant la tête, vous ne sauriez mieux vous adresser. Je me rends souvent dans cette contrée.

—Eh quoi! serait-elle près d'ici? Nous venons de battre le monde, sans pouvoir la trouver.

—Le Royaume des Heureux, monsieur, est partout et nulle part. Ceux qui suivent les sentiers, les yeux grands ouverts, ceux qui le cherchent, comme un royaume de la terre, étalant au soleil ses villes et ses campagnes, passeront à son côté toute leur vie, sans jamais le découvrir. Si vaste qu'il soit, il tient bien peu de place en ce monde.

—Et le chemin, je vous prie?

—Oh! le chemin est simple et direct. Quel que soit le pays où vous vous trouviez, au nord ou au midi, la distance reste la même, et vous pouvez d'une enjambée passer la frontière.

—Bon! interrompit Sidoine, voici qui me regarde. Dans quel sens dois-je faire cette enjambée?

—Dans n'importe quel sens, vous dis-je. Voyons, laissez-moi vous introduire. Avant tout, fermez les yeux. Bien. Maintenant, levez la jambe.

Sidoine, les yeux fermés, la jambe en l'air, attendit une seconde.

—Posez le pied, commanda de nouveau le poëte. La, vous y êtes, messieurs.