Je te prie d'abord de t'informer pourquoi je n'ai pas encore reçu la copie de la délibération du Conseil municipal. Aie l'obligeance de voir le maire et de lui dire que je réclame la délibération avec une légitime impatience[12].

Je te remercie de t'inquiéter de la vente de mes volumes à Aix. Quand tu seras de retour et que tu m'auras donné des renseignements précis, j'en ferai usage. Par la même occasion, vois s'il n'y aurait pas moyen de glisser dans Le Mémorial la reproduction du compte rendu de Madeleine Férat. Suis-je fâché avec Remondet au point de ne pouvoir compter sur la publicité de son journal?

Tu me dis que Paul doit revenir avec toi. Voilà qui est bon! Je désespérais de le voir avant le milieu de janvier. Dès que le jour exact de votre départ sera fixé, préviens-moi. Dis à Paul que je ne lui écrirai plus, puisque je le verrai dans quelques jours. Selon l'heure de votre arrivée, venez me demander à dîner, le jour où vous débarquerez.

J'achète Le Petit Journal depuis ton départ. J'ai lu par conséquent ta lettre, au sujet de La Bachelière. Aix se permet tous les crimes.—Pourquoi ne signes-tu pas de ton vrai nom tes comptes rendus de procès? Cela t'aurait fait une très large publicité. Peut-être y a-t-il des raisons que je ne devine pas.

Dis à Arnaud, si tu le revois, que je suis tout prêt à lui vendre une seconde fois Les Mystères de Marseille. Seulement les conditions de paiement dont tu me parles me paraissent inacceptables. Je consens à ne pas lui vendre le roman en bloc, mais je désire que tout ce qui paraîtra me soit payé. Si le journal vit, je toucherai le prix du livre entier; si le journal meurt au quinzième, au vingtième numéro, je toucherai les quinze, les vingt premiers feuilletons. Cela me paraît de toute justice.

Je ne veux pas te raconter l'emploi de ces derniers huit jours. Sache seulement que tous les journaux s'occupent de Madeleine Férat, qui pour le moment vit cachée dans une cave du boulevard Montmartre. Elle se porte fort bien, mais elle a peur que le grand air ne lui fasse mal. J'espère qu'on la tirera de sa prison lundi matin. Toutefois, il peut arriver que je m'adresse au Tribunal de commerce pour prouver à Lacroix que la lumière ne tuera pas cette pauvre dame. En un mot, tout marche bien, trop bien même. Me voilà martyr. Les démocrates versent un pleur sur mon cas. Ah! ces pauvres démocrates, sont-ils assez roulés!

A bientôt, mon cher Roux, et mes compliments à ta famille. Tu as le bonjour des miens et le salut fraternel de Valabrègue.

Ton dévoué.

N'oublie pas la salade de champanelle (est-ce que tu sais l'orthographe de ce mot-là, toi?), sans cela, on est bien décidé ici à t'arracher les yeux. Je me permets de te dire en outre d'apporter quelques truffes, si elles sont à bon marché. Nous en garnirons un poulet—de notre basse-cour!!!—que nous enterrerons ensuite avec recueillement.

A bientôt.