A bientôt, n'est-ce pas? et tout à vous.

Que dites-vous de Germiny? Cela égaie l'existence.


Au Directeur du Bien Public.

13 février 1877.

Monsieur et cher Directeur,

Voici plusieurs jours que je songe à répondre aux étranges accusations dont la critique affolée poursuit mon dernier roman. Certes, je laisse de côté les accusations simplement littéraires; mon œuvre d'artiste appartient au public, et je n'ai pas la sotte prétention de forcer les gens à m'admirer. Mais j'ai entendu dire autour de moi: «M. Zola, qui est républicain, vient de commettre une mauvaise action en représentant le peuple sous des couleurs aussi abominables». Eh bien! c'est à cette phrase seule que je veux répondre. Je crois devoir faire cette réponse pour moi-même et pour Le Bien public, l'organe républicain qui a bien voulu publier la première partie de L'Assommoir.

Il me faut prendre la question d'un peu haut.

Dans la politique, comme dans les lettres, comme dans toute la pensée humaine contemporaine, il y a aujourd'hui deux courants bien distincts: le courant idéaliste et le courant naturaliste. J'appelle politique idéaliste la politique qui se paie de grandes phrases toutes faites, qui spécule sur les hommes comme sur de pures abstractions, qui rêve l'utopie avant d'avoir étudié le réel. J'appelle politique naturaliste la politique qui entend d'abord procéder par l'expérience, qui est basée sur des faits, qui soigne en un mot une nation d'après ses besoins.

Je ne veux engager en rien Le Bien public. Je ne suis pas moi-même un homme politique et j'exprime seulement ici les idées d'un observateur que les choses humaines passionnent. Depuis plusieurs années, il est un spectacle qui m'intéresse fort: c'est de voir la queue romantique faire une irruption dans la politique et s'y installer commodément avec les panaches et les pourpoints abricot de 1830.