LIX

Marseille, 4 octobre 1867.

Mon cher Roux,

J'ai vu Arnaud que ta lettre ne paraît pas avoir trop ému. D'ailleurs, je n'ai fait que lui serrer la main, me réservant de lui parler affaire, après le succès ou la chute. Ma position restera très fausse jusque-là. Demain soir, je serai fixé.

Je viens de voir M. Peysse. Voici en quelques lignes le résumé de notre conversation. Les artistes sont bien disposés, mais Bellevaut l'est très mal; il élève en outre une question d'intérêt que je réglerai demain avec lui. (M. Peysse me conduira à lui, à onze heures, et j'assisterai peut-être encore à une répétition.)—Les coupures, paraît-il, se réduisent à des retranchements (nombreux) de phrases; pas une scène n'aurait été coupée; en somme, le mal est sans doute moindre que nous ne le pensions.—Peysse parait compter sur un succès ordinaire. Il est évident que tous ces gens-là n'ont pas foi en notre génie, et ils ont bien raison.

Je n'ajoute rien. Tout ceci est pour te tenir en haleine. Demain je saurai à quoi m'en tenir, et dimanche matin je t'enverrai un télégramme.

Je n'ai pu voir ta famille aujourd'hui, et je doute d'avoir demain le temps nécessaire pour lui rendre visite. En tout cas, ce sera pour dimanche.

Si tu as besoin de m'écrire, adresse-moi ta lettre chez Arnaud. Quant à moi, je ne t'écrirai plus que pour te donner des détails, après la consommation du crime. Je m'occuperai de l'impression en volume, s'il y a lieu, soit chez Arnaud, soit ailleurs.

A bientôt, et pas de cauchemars.