—Alors, c'est toi qui as dit que je forçais mon logeur à me donner vingt sous, quand il couchait avec moi!
L'autre haussa les épaules.
—Tu m'embêtes, je n'ai rien dit… D'abord, qui t'a dit ça?
—On m'a dit que tu l'as dit, tu n'as pas besoin de savoir… Même tu as dit que tu nous entendais bien faire nos saletés derrière ta cloison, et que la crasse s'amassait chez nous parce que j'étais toujours sur le dos… Dis encore que tu ne l'as pas dit, hein!
Chaque jour, des querelles éclataient, à la suite du continuel bavardage des femmes. Entre les ménages surtout qui logeaient porte à porte, les brouilles et les réconciliations étaient quotidiennes. Mais jamais une méchanceté si aigre ne les avait jetés les uns sur les autres. Depuis la grève, la faim exaspérait les rancunes, on avait le besoin de cogner: une explication entre deux commères finissait par une tuerie entre les deux hommes.
Justement, Levaque arrivait à son tour, en amenant de force Bouteloup.
—Voici le camarade, qu'il dise un peu s'il a donné vingt sous à ma femme, pour coucher avec.
Le logeur, cachant sa douceur effarée dans sa grande barbe, protestait, bégayait.
—Oh! ça, non, jamais rien, jamais!
Du coup, Levaque devint menaçant, le poing sous le nez de Maheu.