Enfin, la cage se cala sur les verrous, on leur cria d'embarquer. Catherine et Étienne se tassèrent dans une berline, où Pierron et deux haveurs se trouvaient déjà. A côté, dans l'autre berline, Chaval disait au père Mouque, très haut, que la Direction avait bien tort de ne pas profiter de l'occasion pour débarrasser les fosses des chenapans qui les pourrissaient; mais le vieux palefrenier, déjà retombé à la résignation de sa chienne d'existence, ne se fâchait plus de la mort de ses enfants, répondait simplement d'un geste de conciliation.
La cage se décrocha, on fila dans le noir. Personne ne parlait. Tout d'un coup, comme on était aux deux tiers de la descente, il y eut un frottement terrible. Les fers craquaient, les hommes furent jetés les uns contre les autres.
—Nom de Dieu! gronda Étienne, est-ce qu'ils vont nous aplatir? Nous finirons par tous y rester, avec leur sacré cuvelage. Et ils disent encore qu'ils l'ont réparé!
Pourtant, la cage avait franchi l'obstacle. Elle descendait maintenant sous une pluie d'orage, si violente, que les ouvriers écoutaient avec inquiétude ce ruissellement. Il s'était donc déclaré bien des fuites, dans le brandissage des joints?
Pierron, interrogé, lui qui travaillait depuis plusieurs jours, ne voulut pas montrer sa peur, qui pouvait être considérée comme une attaque à la Direction; et il répondit:
—Oh! pas de danger! C'est toujours comme ça. Sans doute qu'on n'a pas eu le temps de brandir les pichoux.
Le torrent ronflait sur leurs têtes, ils arrivèrent au fond, au dernier accrochage, sous une véritable trombe d'eau. Pas un porion n'avait eu l'idée de monter par les échelles, pour se rendre compte. La pompe suffirait, les brandisseurs visiteraient les joints, la nuit suivante. Dans les galeries, la réorganisation du travail donnait assez de mal. Avant de laisser les haveurs retourner à leur chantier d'abattage, l'ingénieur avait décidé que, pendant les cinq premiers jours, tous les hommes exécuteraient certains travaux de consolidation, d'une urgence absolue. Des éboulements menaçaient partout, les voies avaient tellement souffert, qu'il fallait raccommoder les boisages sur des longueurs de plusieurs centaines de mètres. En bas, on formait donc des équipes de dix hommes, chacune sous la conduite d'un porion; puis, on les mettait à la besogne, aux endroits les plus endommagés. Quand la descente fut finie, on compta que trois cent vingt-deux mineurs étaient descendus, environ la moitié du nombre qui travaillait, lorsque la fosse se trouvait en pleine exploitation.
Justement, Chaval compléta l'équipe dont Catherine et Étienne faisaient partie; et il n'y eut pas là un hasard, il s'était caché d'abord derrière les camarades, puis il avait forcé la main au porion. Cette équipe-là s'en alla déblayer, dans le bout de la galerie nord, à près de trois kilomètres, un éboulement qui bouchait une voie de la veine Dix-Huit-Pouces. On attaqua les roches éboulées à la pioche et à la pelle. Étienne, Chaval et cinq autres déblayaient, tandis que Catherine, avec deux galibots, roulaient les terres au plan incliné. Les paroles étaient rares, le porion ne les quittait pas. Cependant, les deux galants de la herscheuse furent sur le point de s'allonger des gifles. Tout en grognant qu'il n'en voulait plus, de cette traînée, l'ancien s'occupait d'elle, la bousculait sournoisement, si bien que le nouveau l'avait menacé d'une danse, s'il ne la laissait pas tranquille. Leurs yeux se mangeaient, on dut les séparer.
Vers huit heures, Dansaert passa donner un coup d'oeil au travail. Il paraissait d'une humeur exécrable, il s'emporta contre le porion: rien ne marchait, les bois demandaient à être remplacés au fur et à mesure, est-ce que c'était fichu, de la besogne pareille! Et il partit, en annonçant qu'il reviendrait avec l'ingénieur. Il attendait Négrel depuis le matin, sans comprendre la cause de ce retard.
Une heure encore s'écoula. Le porion avait arrêté le déblaiement, pour employer tout son monde à étayer le toit. Même la herscheuse et les deux galibots ne roulaient plus, préparaient et apportaient les pièces du boisage. Dans ce fond de galerie, l'équipe se trouvait comme aux avant-postes, perdue à une extrémité de la mine, sans communication désormais avec les autres chantiers. Trois ou quatre fois, des bruits étranges, de lointains galops firent bien tourner la tête aux travailleurs: qu'était-ce donc? on aurait dit que les voies se vidaient, que les camarades remontaient déjà, et au pas de course. Mais la rumeur se perdait dans le profond silence, ils se remettaient à caler les bois, étourdis par les grands coups de marteau. Enfin, on reprit le déblaiement, le roulage recommença.