Alors, commença une effroyable bousculade. De chaque galerie, des files d'ouvriers arrivaient au galop, se ruaient à l'assaut des cages. On s'écrasait, on se tuait pour être remonté tout de suite. Quelques-uns, qui avaient eu l'idée de prendre le goyot des échelles, redescendirent en criant que le passage y était bouché déjà. C'était l'épouvante de tous, après chaque départ d'une cage: celle-là venait de passer, mais qui savait si la suivante passerait encore, au milieu des obstacles dont le puits s'obstruait? En haut, la débâcle devait continuer, on entendait une série de sourdes détonations, les bois qui se fendaient, qui éclataient dans le grondement continu et croissant de l'averse. Une cage bientôt fut hors d'usage, défoncée, ne glissant plus entre les guides, rompues sans doute. L'autre frottait tellement, que le câble allait casser bien sûr. Et il restait une centaine d'hommes à sortir, tous râlaient, se cramponnaient, ensanglantés, noyés. Deux furent tués par des chutes de planches. Un troisième, qui avait empoigné la cage, retomba de cinquante mètres et disparut dans le bougnou.
Dansaert, cependant, tâchait de mettre de l'ordre. Armé d'une rivelaine, il menaçait d'ouvrir le crâne au premier qui n'obéirait pas; et il voulait les ranger à la file, il criait que les chargeurs sortiraient les derniers, après avoir emballé les camarades. On ne l'écoutait pas, il avait empêché Pierron, lâche et blême, de filer un des premiers. A chaque départ, il devait l'écarter d'une gifle. Mais lui-même claquait des dents, une minute de plus, et il était englouti: tout crevait là-haut, c'était un fleuve débordé, une pluie meurtrière de charpentes. Quelques ouvriers accouraient encore, lorsque, fou de peur, il sauta dans une berline, en laissant Pierron y sauter derrière lui. La cage monta.
A ce moment, l'équipe d'Étienne et de Chaval débouchait dans l'accrochage. Ils virent la cage disparaître, ils se précipitèrent; mais il leur fallut reculer, sous l'écroulement final du cuvelage: le puits se bouchait, la cage ne redescendrait pas. Catherine sanglotait, Chaval s'étranglait à crier des jurons. On était une vingtaine, est-ce que ces cochons de chefs les abandonneraient ainsi? Le père Mouque, qui avait ramené Bataille, sans hâte, le tenait encore par la bride, tous les deux stupéfiés, le vieux et la bête, devant la hausse rapide de l'inondation. L'eau déjà montait aux cuisses. Étienne muet, les dents serrées, souleva Catherine entre ses bras. Et les vingt hurlaient, la face en l'air, les vingt s'entêtaient, imbéciles, à regarder le puits, ce trou éboulé qui crachait un fleuve, et d'où ne pouvait plus leur venir aucun secours.
Au jour, Dansaert, en débarquant, aperçut Négrel qui accourait.
Madame Hennebeau, par une fatalité, l'avait, ce matin-là, au saut du
lit, retenu à feuilleter des catalogues, pour l'achat de la corbeille.
Il était dix heures.
—Eh bien! qu'arrive-t-il donc? cria-t-il de loin.
—La fosse est perdue, répondit le maître-porion.
Et il conta la catastrophe, en bégayant, tandis que l'ingénieur, incrédule, haussait les épaules: allons donc! est-ce qu'un cuvelage se démolissait comme ça? On exagérait, il fallait voir.
—Personne n'est resté au fond, n'est-ce pas?
Dansaert se troublait. Non, personne. Il l'espérait du moins.
Pourtant, des ouvriers avaient pu s'attarder.
—Mais, nom d'un chien! dit Négrel, pourquoi êtes-vous sorti, alors?
Est-ce qu'on lâche ses hommes!