—Et l'on se dérange pour voir ça! s'écria M. Grégoire, désillusionné.
Cécile, toute rose de santé, heureuse de respirer l'air si pur, s'égayait, plaisantait, tandis que madame Hennebeau faisait une moue de répugnance, en murmurant:
—Le fait est que ça n'a rien de joli.
Les deux ingénieurs se mirent à rire. Ils tâchèrent d'intéresser les visiteurs, en les promenant partout, en leur expliquant le jeu des pompes et la manoeuvre du pilon qui enfonçait les pieux. Mais ces dames devenaient inquiètes. Elles frissonnèrent, lorsqu'elles surent que les pompes fonctionneraient des années, six, sept ans peut-être, avant que le puits fût reconstruit et que l'on eût épuisé toute l'eau de la fosse. Non, elles aimaient mieux penser à autre chose, ces bouleversements-là n'étaient bons qu'à donner de vilains rêves.
—Partons, dit madame Hennebeau, en se dirigeant vers sa voiture.
Jeanne et Lucie se récrièrent. Comment, si vite! Et le dessin qui n'était pas fini! Elles voulurent rester, leur père les amènerait au dîner, le soir. M. Hennebeau prit seul place avec sa femme dans la calèche, car lui aussi désirait questionner Négrel.
—Eh bien! allez en avant, dit M. Grégoire. Nous vous suivons, nous avons une petite visite de cinq minutes à faire, là, dans le coron… Allez, allez, nous serons à Réquillart en même temps que vous.
Il remonta derrière madame Grégoire et Cécile; et, tandis que l'autre voiture filait le long du canal, la leur gravit doucement la pente.
C'était une pensée charitable, qui devait compléter l'excursion. La mort de Zacharie les avait emplis de pitié pour cette tragique famille des Maheu, dont tout le pays causait. Ils ne plaignaient pas le père, ce brigand, ce tueur de soldats qu'il avait fallu abattre comme un loup. Seulement, la mère les touchait, cette pauvre femme qui venait de perdre son fils, après avoir perdu son mari, et dont la fille n'était peut-être plus qu'un cadavre, sous la terre; sans compter qu'on parlait encore d'un grand-père infirme, d'un enfant boiteux à la suite d'un éboulement, d'une petite fille morte de faim, pendant la grève. Aussi, bien que cette famille eût mérité en partie ses malheurs, par son esprit détestable, avaient-ils résolu d'affirmer la largeur de leur charité, leur désir d'oubli et de conciliation, en lui portant eux-mêmes une aumône. Deux paquets, soigneusement enveloppés, se trouvaient sous une banquette de la voiture.
Une vieille femme indiqua au cocher la maison des Maheu, le numéro 16 du deuxième corps. Mais, quand les Grégoire furent descendus, avec les paquets, ils frappèrent vainement, ils finirent par taper à coups de poing dans la porte, sans obtenir davantage de réponse: la maison résonnait lugubre, ainsi qu'une demeure vidée par le deuil, glacée et noire, abandonnée depuis longtemps.