Étienne ramassa le morceau de grès, que l'autre avait émietté déjà, et il battit contre la veine, au fond, le rappel des mineurs, le roulement prolongé, dont les ouvriers en péril signalent leur présence. Puis, il colla son oreille, pour écouter. A vingt reprises, il s'entêta. Aucun bruit ne répondait.

Pendant ce temps, Chaval affecta de faire froidement son petit ménage. D'abord, il rangea ses trois lampes contre le mur: une seule brûlait, les autres serviraient plus tard. Ensuite, il posa sur une pièce du boisage les deux tartines qu'il avait encore. C'était le buffet, il irait bien deux jours avec ça, s'il était raisonnable. Il se tourna, en disant:

—Tu sais, Catherine, il y en aura la moitié pour toi, quand tu auras trop faim.

La jeune fille se taisait. Cela comblait son malheur, de se retrouver entre ces deux hommes.

Et l'affreuse vie commença. Ni Chaval ni Étienne n'ouvraient la bouche, assis par terre, à quelques pas. Sur la remarque du premier, le second éteignit sa lampe, un luxe de lumière inutile; puis, ils retombèrent dans leur silence. Catherine s'était couchée près du jeune homme, inquiète des regards que son ancien galant lui jetait. Les heures s'écoulaient, on entendait le petit murmure de l'eau montant sans cesse; tandis que, de temps à autre, des secousses profondes, des retentissements lointains, annonçaient les derniers tassements de la mine. Quand la lampe se vida et qu'il fallut en ouvrir une autre, pour l'allumer, la peur du grisou les agita un instant; mais ils aimaient mieux sauter tout de suite, que de durer dans les ténèbres; et rien ne sauta, il n'y avait pas de grisou. Ils s'étaient allongés de nouveau, les heures se remirent à couler.

Un bruit émotionna Étienne et Catherine, qui levèrent la tête. Chaval se décidait à manger: il avait coupé la moitié d'une tartine, il mâchait longuement, pour ne pas être tenté d'avaler tout. Eux, que la faim torturait, le regardèrent.

—Vrai, tu refuses? dit-il à la herscheuse, de son air provocant. Tu as tort.

Elle avait baissé les yeux, craignant de céder, l'estomac déchiré d'une telle crampe, que des larmes gonflaient ses paupières. Mais elle comprenait ce qu'il demandait; déjà, le matin, il lui avait soufflé sur le cou; il était repris d'une de ses anciennes fureurs de désir, en la voyant près de l'autre. Les regards dont il l'appelait avaient une flamme qu'elle connaissait bien, la flamme de ses crises jalouses, quand il tombait sur elle à coups de poing, en l'accusant d'abominations avec le logeur de sa mère. Et elle ne voulait pas, elle tremblait, en retournant à lui, de jeter ces deux hommes l'un sur l'autre, dans cette cave étroite où ils agonisaient. Mon Dieu! est-ce qu'on ne pouvait finir en bonne amitié!

Étienne serait mort d'inanition, plutôt que de mendier à Chaval une bouchée de pain. Le silence s'alourdissait, une éternité encore parut se prolonger, avec la lenteur des minutes monotones, qui passaient une à une, sans espoir. Il y avait un jour qu'ils étaient enfermés ensemble. La deuxième lampe pâlissait, ils allumèrent la troisième.

Chaval entama son autre tartine, et il grogna: