—Tu le regrettes? demanda Étienne farouche.

Elle suffoquait, elle balbutiait. Puis, chancelante, elle se jeta dans ses bras.

—Ah! tue-moi aussi, ah! mourons tous les deux!

D'une étreinte, elle s'attachait à ses épaules, et il l'étreignait également, et ils espérèrent qu'ils allaient mourir. Mais la mort n'avait pas de hâte, ils dénouèrent leurs bras. Puis, tandis qu'elle se cachait les yeux, il traîna le misérable, il le jeta dans le plan incliné, pour l'ôter de l'espace étroit où il fallait vivre encore. La vie n'aurait plus été possible, avec ce cadavre sous les pieds. Et ils s'épouvantèrent, lorsqu'ils l'entendirent plonger, au milieu d'un rejaillissement d'écume. L'eau avait donc empli déjà ce trou? Ils l'aperçurent, elle déborda dans la galerie.

Alors, ce fut une lutte nouvelle. Ils avaient allumé la dernière lampe, elle s'épuisait en éclairant la crue, dont la hausse régulière, entêtée, ne s'arrêtait pas. Ils eurent d'abord de l'eau aux chevilles, puis elle leur mouilla les genoux. La voie montait, ils se réfugièrent au fond, ce qui leur donna un répit de quelques heures. Mais le flot les rattrapa, ils baignèrent jusqu'à la ceinture. Debout, acculés, l'échine collée contre la roche, ils la regardaient croître, toujours, toujours. Quand elle atteindrait leur bouche, ce serait fini. La lampe, qu'ils avaient accrochée, jaunissait la houle rapide des petites ondes; elle pâlit, ils ne distinguèrent plus qu'un demi-cercle diminuant sans cesse, comme mangé par l'ombre qui semblait grandir avec le flux; et, brusquement, l'ombre les enveloppa, la lampe venait de s'éteindre, après avoir craché sa dernière goutte d'huile. C'était la nuit complète, absolue, cette nuit de la terre qu'ils dormiraient, sans jamais rouvrir leurs yeux à la clarté du soleil.

—Nom de Dieu! jura sourdement Étienne.

Catherine, comme si elle eût senti les ténèbres la saisir, s'était abritée contre lui. Elle répéta le mot des mineurs, à voix basse:

—La mort souffle la lampe.

Pourtant, devant cette menace, leur instinct luttait, une fièvre de vivre les ranima. Lui, violemment, se mit à creuser le schiste avec le crochet de la lampe, tandis qu'elle l'aidait de ses ongles. Ils pratiquèrent une sorte de banc élevé, et lorsqu'ils s'y furent hissés tous les deux, ils se trouvèrent assis, les jambes pendantes, le dos ployé, car la voûte les forçait à baisser la tête. L'eau ne glaçait plus que leurs talons; mais ils ne tardèrent pas à en sentir le froid leur couper les chevilles, les mollets, les genoux, dans un mouvement invincible et sans trêve. Le banc, mal aplani, se trempait d'une humidité si gluante, qu'ils devaient se tenir fortement pour ne pas glisser. C'était la fin, combien attendraient-ils, réduits à cette niche, où ils n'osaient risquer un geste, exténués, affamés, n'ayant plus ni pain ni lumière? Et ils souffraient surtout des ténèbres, qui les empêchaient de voir venir la mort. Un grand silence régnait, la mine gorgée d'eau ne bougeait plus. Ils n'avaient maintenant, sous eux, que la sensation de cette mer, enflant, du fond des galeries, sa marée muette.

Les heures se succédaient, toutes également noires, sans qu'ils pussent en mesurer la durée exacte, de plus en plus égarés dans le calcul du temps. Leurs tortures, qui auraient dû allonger les minutes, les emportaient, rapides. Ils croyaient n'être enfermés que depuis deux jours et une nuit, lorsqu'en réalité la troisième journée déjà se terminait. Toute espérance de secours s'en était allée, personne ne les savait là, personne n'avait le pouvoir d'y descendre, et la faim les achèverait, si l'inondation leur faisait grâce. Une dernière fois, ils avaient eu la pensée de battre le rappel; mais la pierre était restée sous l'eau. D'ailleurs, qui les entendrait?