Mais, dans la vaste salle encore sombre, que les lanternes épuisées éclairaient d'une clarté louche, il n'apercevait aucun visage ami. Les mineurs qui attendaient là, pieds nus, la lampe à la main, le regardaient de leurs gros yeux inquiets, puis baissaient le front, se reculaient d'un air de honte. Eux, sans doute, le connaissaient, et ils n'avaient plus de rancune contre lui, ils semblaient au contraire le craindre, rougissant à l'idée qu'il leur reprochait d'être des lâches. Cette attitude lui gonfla le coeur, il oubliait que ces misérables l'avaient lapidé, il recommençait le rêve de les changer en héros, de diriger le peuple, cette force de la nature qui se dévorait elle-même.
Une cage embarqua des hommes, la fournée disparut, et comme d'autres arrivaient, il vit enfin un de ses lieutenants de la grève, un brave qui avait juré de mourir.
—Toi aussi! murmura-t-il, navré.
L'autre pâlit, les lèvres tremblantes; puis, avec un geste d'excuse:
—Que veux-tu? j'ai une femme.
Maintenant, dans le nouveau flot monté de la baraque, il les reconnaissait tous.
—Toi aussi! toi aussi! toi aussi!
Et tous frémissaient, bégayaient d'une voix étouffée:
—J'ai une mère… J'ai des enfants… Il faut du pain.
La cage ne reparaissait pas, ils l'attendirent, mornes, dans une telle souffrance de leur défaite, que leurs regards évitaient de se rencontrer, fixés obstinément sur le puits.