Ils empoignèrent les anses du baquet, et ils le vidaient dans le ruisseau, devant la porte, lorsque Jeanlin descendit, avec des vêtements secs, une culotte et une blouse de laine trop grandes, lasses de déteindre sur le dos de son frère. En le voyant filer sournoisement par la porte ouverte, sa mère l'arrêta.

—Où vas-tu?

—Là.

—Où, là?… Écoute, tu vas aller cueillir une salade de pissenlits pour ce soir. Hein! tu m'entends? si tu ne rapportes pas une salade, tu auras affaire à moi.

—Bon! bon!

Jeanlin partit, les mains dans les poches, traînant ses sabots, roulant ses reins maigres d'avorton de dix ans, comme un vieux mineur. A son tour, Zacharie descendait, plus soigné, le torse pris dans un tricot de laine noire à raies bleues. Son père lui cria de ne pas rentrer tard; et il sortit en hochant la tête, la pipe aux dents, sans répondre.

De nouveau, le baquet était plein d'eau tiède. Maheu, lentement, enlevait déjà sa veste. Sur un coup d'oeil, Alzire emmena Lénore et Henri jouer dehors. Le père n'aimait pas se laver en famille, comme cela se pratiquait dans beaucoup d'autres maisons du coron. Du reste, il ne blâmait personne, il disait simplement que c'était bon pour les enfants, de barboter ensemble.

—Que fais-tu donc là-haut? cria la Maheude à travers l'escalier.

—Je raccommode ma robe, que j'ai déchirée hier, répondit Catherine.

—C'est bien… Ne descends pas, ton père se lave.