La jeune fille avait sa robe des dimanches, une vieille robe de popeline gros bleu, pâlie et usée déjà dans les plis. Elle était coiffée d'un bonnet de tulle noire, tout simple.

—Tiens! tu t'es habillée… Où vas-tu donc?

—Je vais à Montsou acheter un ruban pour mon bonnet… J'ai retiré le vieux, il était trop sale.

—Tu as donc de l'argent, toi?

—Non, c'est Mouquette qui a promis de me prêter dix sous.

La mère la laissa partir. Mais, à la porte, elle la rappela.

—Écoute, ne va pas l'acheter chez Maigrat, ton ruban… il te volerait et il croirait que nous roulons sur l'or.

Le père, qui s'était accroupi devant le feu, pour sécher plus vite sa nuque et ses aisselles, se contenta d'ajouter:

—Tâche de ne pas traîner la nuit sur les routes.

Maheu, l'après-midi, travailla dans son jardin. Déjà il y avait semé des pommes de terre, des haricots, des pois; et il tenait en jauge, depuis la veille, du plant de choux et de laitue, qu'il se mit à repiquer. Ce coin de jardin les fournissait de légumes, sauf de pommes de terre, dont ils n'avaient jamais assez. Du reste, lui s'entendait très bien à la culture et obtenait même des artichauts, ce qui était traité de pose par les voisins. Comme il préparait sa planche, Levaque justement vint fumer une pipe dans son carré à lui, en regardant des romaines que Bouteloup avait plantées le matin; car, sans le courage du logeur à bêcher, il n'aurait guère poussé là que des orties. Et la conversation s'engagea par-dessus le treillage. Levaque, délassé et excité d'avoir tapé sur sa femme, tâcha vainement d'entraîner Maheu chez Rasseneur. Voyons, est-ce qu'une chope l'effrayait? On ferait une partie de quilles, on flânerait un instant avec les camarades, puis on rentrerait dîner. C'était la vie, après la sortie de la fosse. Sans doute il n'y avait pas de mal à cela, mais Maheu s'entêtait: s'il ne repiquait pas ses laitues, elles seraient fanées le lendemain. Au fond, il refusait par sagesse, ne voulant point demander un liard à sa femme sur le reste des cent sous.