Flore était restée plantée entre Jacques et Séverine. Un instant, elle parut hésiter, se demandant si elle n'allait pas s'entêter là, malgré sa mère. Mais elle ne verrait rien, la présence de celle-ci empêcherait les deux autres de se trahir; et elle sortit, sans une parole, en les enveloppant d'un long regard.

—Comment! tante Phasie, reprit Jacques d'un air chagrin, vous voilà tout à fait au lit, c'est donc sérieux?

Elle l'attira, le força même à s'asseoir sur le bord du matelas, et sans plus se soucier de la jeune femme, qui s'était écartée par discrétion, elle se soulagea, à voix très basse.

—Oh! oui sérieux! c'est miracle si tu me retrouves en vie… Je n'ai pas voulu t'écrire, parce que ces choses-là, ça ne s'écrit pas… J'ai failli y passer; mais, maintenant, ça va déjà mieux, et je crois bien que j'en réchapperai, cette fois-ci encore.

Il l'examinait, effrayé des progrès du mal, ne retrouvant plus rien en elle de la belle et saine créature d'autrefois.

—Alors, toujours vos crampes et vos vertiges, ma pauvre tante
Phasie.

Mais elle lui serrait la main à la briser, elle continua, en baissant la voix davantage:

—Imagine-toi que je l'ai surpris… Tu sais que j'en donnais ma langue aux chiens, de ne pas savoir dans quoi il pouvait bien me flanquer sa drogue. Je ne buvais, je ne mangeais rien de ce qu'il touchait, et tout de même, chaque soir, j'avais le ventre en feu… Eh bien! il me la collait dans le sel, sa drogue! Un soir, je l'ai vu… Moi qui en mettais sur tout, des quantités, pour purifier!

Jacques, depuis que la possession de Séverine semblait l'avoir guéri, songeait parfois à cette histoire d'empoisonnement, lent et obstiné, comme on songe à un cauchemar, avec des doutes. Il serra tendrement à son tour les mains de la malade, il voulut la calmer.

—Voyons, est-ce possible, tout ça?… Pour dire des choses pareilles, il faut être vraiment bien sûr… Et puis, ça traîne trop! Allez, c'est plutôt une maladie à laquelle les médecins ne comprennent rien.