Mais elle était très excitée, elle entendait en finir avec la question de cet argent caché là, dont elle souffrait depuis le jour du crime.
—Je veux que tu me répondes… Ose me dire que tu n'y as pas touché.
—Qu'est-ce que ça te fiche?
—Ça me fiche que ça me retourne. Aujourd'hui encore, j'ai eu peur, je n'ai pas pu rester ici. Toutes les fois que tu remues ça, j'en ai pour trois nuits à faire des rêves affreux… Nous n'en parlons jamais. Alors, reste tranquille, ne me force pas à en parler.
Il la contemplait de ses gros yeux fixes, il répéta lourdement:
—Qu'est-ce que ça te fiche que j'y touche, si je ne te force pas à y toucher? C'est pour moi, ça me regarde.
Elle eut un geste violent, qu'elle réprima. Puis, bouleversée, avec un visage de souffrance et de dégoût:
—Ah! tiens! je ne te comprends pas… Tu étais un honnête homme pourtant. Oui, tu n'aurais jamais pris un sou à personne… Et ce que tu as fait, ça pourrait se pardonner, car tu étais fou, comme tu m'avais rendue folle moi-même… Mais cet argent, ah! cet argent abominable, qui ne devait plus exister pour toi, et que tu voles sou à sou, pour ton plaisir… Qu'est-ce qui se passe donc, comment peux-tu être descendu si bas?
Il l'écoutait, et, dans une minute de lucidité, il s'étonna aussi d'en être arrivé au vol. Les phases de la lente démoralisation s'effaçaient, il ne pouvait renouer ce que le meurtre avait tranché autour de lui, il ne s'expliquait plus comment une autre existence, presque un nouvel être, avait commencé, avec son ménage détruit, sa femme écartée et hostile. Tout de suite, d'ailleurs, l'irréparable le reprit, il eut un geste, comme pour se débarrasser des réflexions importunes.
—Quand on s'embête chez soi, grogna-t-il, on va se distraire dehors. Puisque tu ne m'aimes plus…