Mais, tout de suite, avec une gentillesse d'enfant, elle se jeta à son cou, en lui posant, sur la bouche, sa jolie petite main potelée:
—Vilain, vilain, tais-toi!… Tu sais bien que je t'aime.
Une telle sincérité sortait de toute sa personne, il la sentait restée si candide, si droite, qu'il la serra éperdument dans ses bras. Toujours ses soupçons finissaient ainsi. Elle, s'abandonnait, aimant à se faire cajoler. Il la couvrait de baisers, qu'elle ne rendait pas; et c'était même là son inquiétude obscure, cette grande enfant passive, d'une affection filiale, où l'amante ne s'éveillait point.
—Alors, tu as dévalisé le Bon Marché?
—Oh! oui. Je vais te conter… Mais, auparavant, mangeons.
Ce que j'ai faim!… Ah! écoute, j'ai un petit cadeau. Dis:
Mon petit cadeau.
Elle lui riait dans le visage, de tout près. Elle avait fourré sa main droite dans sa poche, où elle tenait un objet, qu'elle ne sortait pas.
—Dis vite: Mon petit cadeau.
Lui, riait aussi, en bon homme. Il se décida.
—Mon petit cadeau.
C'était un couteau qu'elle venait de lui acheter, pour en remplacer un qu'il avait perdu et qu'il pleurait, depuis quinze jours. Il s'exclamait, le trouvait superbe, ce beau couteau neuf, avec son manche en ivoire et sa lame luisante. Tout de suite, il allait s'en servir. Elle était ravie de sa joie; et, en plaisantant, elle se fit donner un sou, pour que leur amitié ne fût pas coupée.