Ce fut une grosse émotion, tous l'entourèrent. Et lui, le premier, avait frémi, étonné, bouleversé de ce qu'il venait de dire. Pourquoi avait-il parlé, après s'être promis si formellement de se taire? Tant de bonnes raisons lui conseillaient le silence! Et les mots étaient inconsciemment sortis de ses lèvres, tandis qu'il regardait cette femme. Elle avait brusquement écarté son mouchoir, pour fixer sur lui ses yeux en larmes, qui s'agrandissaient encore.

Mais le commissaire s'était vivement approché.

—Quoi? qu'avez-vous vu?

Et Jacques, sous le regard immobile de Séverine, dit ce qu'il avait vu: le coupé éclairé, passant dans la nuit, à toute vapeur, et les profils fuyants des deux hommes, l'un renversé, l'autre le couteau au poing. Près de sa femme, Roubaud écoutait, en fixant sur lui ses gros yeux vifs.

—Alors, demanda le commissaire, vous reconnaîtriez l'assassin?

—Oh! ça, non, je ne crois pas.

—Portait-il un paletot ou une blouse?

—Je ne pourrais rien affirmer. Songez donc, un train qui devait marcher à une vitesse de quatre-vingts kilomètres!

Séverine, en dehors de sa volonté, échangea un coup d'oeil avec
Roubaud, qui eut la force de dire:

—En effet, il faudrait avoir de bons yeux.