Lorsque Séverine, essoufflée, le coeur battant à grands coups, se retrouva dans le sévère cabinet de la rue du Rocher, devant M. Camy-Lamotte, celui-ci la contempla un instant en silence, intéressé par l'extraordinaire effort qu'elle faisait pour paraître calme. Décidément, elle lui était sympathique, cette criminelle délicate, aux yeux de pervenche.

—Eh bien! madame…

Et il s'arrêta pour jouir de son anxiété quelques secondes encore. Mais elle avait un regard si profond, il la sentait élancée toute vers lui, dans un tel besoin de savoir, qu'il fut pitoyable.

—Eh bien! madame, j'ai vu le chef de l'exploitation, j'ai obtenu que votre mari ne fût pas congédié… L'affaire est arrangée.

Alors, elle défaillit, sous le flot de joie trop vive qui l'inonda. Ses yeux s'étaient emplis de larmes, et elle ne disait rien, elle souriait.

Il répéta, en insistant sur la phrase, pour lui donner toute sa signification:

—L'affaire est arrangée… Vous pouvez rentrer tranquille au
Havre.

Elle entendait bien: il voulait dire qu'on ne les arrêterait pas, qu'on leur faisait grâce. Ce n'était pas seulement l'emploi maintenu, c'était l'effroyable drame oublié, enterré. D'un mouvement de caresse instinctive, comme une jolie bête domestique qui remercie et flatte, elle se pencha sur ses mains, les baisa, les garda appuyées contre ses joues. Et, cette fois, il ne les avait pas retirées, très ému lui-même du charme tendre de cette gratitude.

—Seulement, reprit-il en tâchant de redevenir sévère, souvenez-vous et conduisez-vous bien.

—Oh! monsieur!