XIV

À la procession générale de la Fête-Dieu, sur la place de la Sous-Préfecture, lorsque Mgr Rousselot descendit les marches du magnifique reposoir dressé par les soins de madame de Condamin, contre la porte même du petit hôtel qu'elle habitait, on remarqua avec surprise dans l'assistance que le prélat tournait brusquement le dos à l'abbé Faujas.

—Tiens! dit madame Rougon, qui se trouvait à la fenêtre de son salon, il y a donc de la brouille?

—Vous ne le saviez pas? répondit madame Paloque, accoudée à côté de la vieille dame; on en parle depuis hier. L'abbé Fenil est rentré en grâce.

M. de Condamin, debout derrière ces dames, se mit à rire. Il s'était sauvé de chez lui, en disant que «ça puait l'église.»

—Ah bien! murmura-t-il, si vous vous arrêtez à ces histoires!… L'évêque est une girouette, qui tourne dès que le Faujas ou le Fenil souffle sur lui; aujourd'hui l'un, demain l'autre. Ils se sont fâchés et remis plus de dix fois. Vous verrez qu'avant trois jours ce sera le Faujas qui sera l'enfant gâté.

—Je ne crois pas, reprit madame Paloque; cette fois, c'est sérieux… Il paraît que l'abbé Faujas attire de gros désagréments à monseigneur. Il aurait fait anciennement des sermons qui ont beaucoup déplu à Rome. Je ne puis pas vous expliquer ça tout au long, moi. Enfin je sais que monseigneur a reçu de Rome des lettres de reproches, dans lesquelles on lui dit de se tenir sur ses gardes…. On prétend que l'abbé Faujas est un agent politique.

—Qui prétend cela? demanda madame Rougon, en clignant les yeux comme pour suivre la procession, qui s'allongeait dans la rue de la Banne.

—Je l'ai entendu dire, je ne sais plus, dit la femme du juge d'un air indifférent.

Et elle se retira, assurant qu'on devait mieux voir de la fenêtre d'à côté. M. de Condamin prit sa place auprès de madame Rougon, à laquelle il dit à l'oreille: