Madame Faujas, posant son tricot sur la chaise, la regardait à travers ses lunettes avec des yeux luisants, un peu courbée, les mains en avant, comme près de se jeter sur elle, pour la faire taire. Elle allait s'élancer, lorsque la porte, s'ouvrit brusquement et que l'abbé Faujas parut sur le seuil. Il était en surplis, l'air sévère. —Eh bien! mère, demanda-t-il, que se passe-t-il donc?
La vieille dame baissa la tête, recula comme un dogue qui se met derrière les jambes de son maître.
—C'est vous, chère madame Paloque, continua le prêtre. Vous désiriez me parler?
La femme du juge, par un effort suprême de volonté, s'était faite souriante. Elle répondit d'un ton terriblement aimable, avec une raillerie aiguë:
—Comment! vous étiez là, monsieur le curé? Ah! si je l'avais su, je n'aurais point insisté. Je voulais voir la nappe de notre autel, qui ne doit plus être en bon état. Vous savez, je suis la bonne ménagère, ici; je veille aux petits détails. Mais du moment que vous êtes occupé, je ne veux pas vous déranger. Faites, faites vos affaires, la maison est à vous. Madame n'avait qu'un mot à dire, je l'aurais laissée veiller à votre tranquillité.
Madame Faujas laissa échapper un grondement. Un regard de son fils la calma.
—Entrez, je vous en prie, reprit-il; vous ne me dérangez nullement. Je confessais madame Mouret, qui est un peu souffrante…. Entrez donc. La nappe de l'autel pourrait être changée, en effet.
—Non, non, je reviendrai, répéta-t-elle; je suis confuse de vous avoir interrompu. Continuez, continuez, monsieur le curé.
Elle entra cependant. Pendant qu'elle regardait avec Marthe la nappe de l'autel, le prêtre gronda sa mère, à voix basse:
—Pourquoi l'avez-vous arrêtée, mère? Je ne vous ai pas dit de garder la porte.