—Calmez-vous; on exagère beaucoup, je vous assure, murmura Marthe de plus en plus gênée.
—Vous allez voir qu'elle va le défendre! dit la cuisinière.
A ce moment, l'abbé Faujas et Trouche, qui étaient en grande conférence au fond du jardin, s'avancèrent, attirés par le bruit.
—Monsieur le curé, je suis une bien malheureuse mère, reprit madame Rougon en se lamentant plus haut; je n'ai plus qu'une fille auprès de moi, et j'apprends qu'elle n'a pas assez de ses yeux pour pleurer…. Je vous en supplie, vous qui vivez auprès d'elle, consolez-la, protégez-la.
L'abbé la regardait, comme pour pénétrer le mot de cette douleur subite.
—Je viens de voir une personne que je ne veux pas nommer, continua-t-elle, fixant à son tour ses regards sur le prêtre. Cette personne m'a effrayée…. Dieu sait si je cherche à accabler mon gendre! Mais j'ai le devoir, n'est-ce pas, de défendre les intérêts de ma fille?… Eh bien, mon gendre est un malheureux; il maltraite sa femme, il scandalise la ville, il se met de toutes les sales affaires. Vous verrez qu'il se compromettra encore dans la politique, lorsque les élections vont venir. La dernière fois, c'était lui qui conduisait la crapule des faubourgs…. J'en mourrai, monsieur le curé.
—Monsieur Mouret ne permettrait pas qu'on lui fit des observations, hasarda l'abbé.
—Pourtant je ne puis abandonner ma fille à un tel homme! s'écria madame Rougon. Je ne nous laisserai pas déshonorer…. La justice n'est pas faite pour les chiens.
Trouche se dandinait. Il profita d'un silence.
—Monsieur Mouret est fou, déclara-t-il brutalement.