—Laisse donc, laisse donc! s'écria Mouret, qui, dans d'autres circonstances, se serait emporté contre la curieuse. Vous avez regardé par la serrure?
—Oui, monsieur, c'était pour le bien.
—Évidemment…. Qu'est-ce qu'ils faisaient?
—Eh bien! donc, monsieur, ils mangeaient…. Je les ai vus qui mangeaient sur le coin du lit de sangle. La vieille avait étalé une serviette. Chaque fois qu'ils se servaient du vin, ils recouchaient le litre bouché contre l'oreiller.
—Mais que mangeaient-ils?
—Je ne sais pas au juste, monsieur. Ça m'a paru un reste de pâté, dans un journal. Ils avaient aussi des pommes, des petites pommes de rien du tout.
—Et ils causaient, n'est-ce pas? Vous avez entendu ce qu'ils disaient?
—Non, monsieur, ils ne causaient pas…. Je suis restée un bon quart d'heure à les regarder. Ils ne disaient rien, pas ça, tenez! Ils mangeaient, ils mangeaient! Marthe s'était levée, réveillant Désirée, faisant mine de monter; la curiosité de son mari la blessait. Celui-ci se décida enfin à se lever également; tandis que la vieille Rose, qui était dévote, continuait d'une voix plus basse:
—Le pauvre cher homme devait avoir joliment faim…. Sa mère lui passait les plus gros morceaux et le regardait avaler avec un plaisir…. Enfin, il va dormir dans des draps bien blancs. A moins que l'odeur des fruits ne l'incommode. C'est que ça ne sent pas bon dans la chambre; vous savez, cette odeur aigre des poires et des pommes. Et pas un meuble, rien que le lit dans un coin. Moi, j'aurais peur, je garderais la lumière toute la nuit.
Mouret avait pris son bougoir. Il resta un instant debout devant Rose, résumant la soirée dans ce mot de bourgeois tiré de ses idées accoutumées: