Les élections générales devaient avoir lieu en octobre. Vers le milieu de septembre, monseigneur Rousselot partit brusquement pour Paris, après avoir eu un long entretien avec l'abbé Faujas. On parla d'une maladie grave d'une de ses soeurs, qui habitait Versailles. Cinq jours plus tard, il était de retour; il se faisait faire une lecture par l'abbé Surin, dans son cabinet. Renversé au fond d'un fauteuil, frileusement enveloppé dans une douillette de soie violette, bien que la saison fut encore très-chaude, il écoutait avec un sourire la voix féminine du jeune abbé qui scandait amoureusement des strophes d'Anacréon.

—Bien, bien, murmurait-il, vous avez la musique de cette belle langue.

Puis, regardant la pendule, le visage inquiet, il reprit:

—Est-ce que l'abbé Faujas est déjà venu ce matin?… Ah! mon enfant, que de tracas! J'ai encore dans les oreilles cet abominable tapage du chemin de fer… A Paris, il a plu tout le temps! J'avais des courses aux quatre coins de la ville, je n'ai vu que de la boue. L'abbé Surin posa son livre sur le coin d'une console.

—Monseigneur est-il satisfait des résultats de son voyage? demanda-t-il avec la familiarité d'un enfant gâté.

—Je sais ce que je voulais savoir, répondit l'évêque en retrouvant son fin sourire. J'aurais dû vous emmener. Vous auriez appris des choses utiles à connaître, quand on a votre âge, et qu'on est destiné à l'épiscopat par sa naissance et ses relations.

—Je vous écoute, monseigneur, dit le jeune prêtre d'un air suppliant.

Mais le prélat hocha la tête.

—Non, non, ces choses-là ne se disent pas… Soyez l'ami de l'abbé Faujas, il pourra peut-être beaucoup pour vous un jour. J'ai eu des renseignements très-complets.

L'abbé Surin joignit les mains, d'un geste de curiosité si câline, que monseigneur Rousselot continua: