Alors, elle se plaignit de douleurs intolérables dans le dos et dans la poitrine, sans le quitter du regard, cherchant sur son visage, sur toute sa personne, les choses qu'il ne disait pas.
—J'ai peur de devenir folle! laissa-t-elle échapper dans un sanglot.
Il la rassura en souriant. La vue du docteur lui causait toujours une vive anxiété; elle avait une épouvante de cet homme si poli et si doux. Souvent, elle défendait à Rose de le laisser entrer, disant qu'elle n'était pas malade, qu'elle n'avait pas besoin de voir constamment un médecin chez elle. Rose haussait les épaules, introduisait le docteur quand même. D'ailleurs, il finissait par ne plus lui parler de son mal, il semblait lui faire de simples visites de politesse.
Quand il sortit, il rencontra l'abbé Faujas, qui se rendait à Saint-Saturnin. Le prêtre l'ayant questionné sur l'état de madame Mouret: —La science est parfois impuissante, répondit-il gravement; mais la Providence reste inépuisable en bontés…. La pauvre dame a été bien ébranlée. Je ne la condamne pas absolument. La poitrine n'est encore que faiblement attaquée, et le climat est bon, ici.
Il entama alors une dissertation sur le traitement des maladies de poitrine, dans l'arrondissement de Plassans. Il préparait une brochure sur ce sujet, non pas pour la publier, car il avait l'adresse de n'être point un savant, mais pour la lire à quelques amis intimes.
—Et voilà les raisons, dit-il en terminant, qui me font croire que la température égale, la flore aromatique, les eaux salubres de nos coteaux, sont d'une excellence absolue pour la guérison des affections de poitrine.
Le prêtre l'avait écouté de son air dur et silencieux.
—Vous avez tort, répliqua-t-il lentement. Madame Mouret est fort mal à Plassans….Pourquoi ne l'envoyez-vous pas passer l'hiver à Nice?
—À Nice! répéta le docteur inquiet.
Il regarda le prêtre un instant; puis, de sa voix complaisante: